MICHEL DUBOCAGE, LA FORTUNE VENUE DE LA MER

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L'appel de la mer

Sixième d'une famille d'au moins 14 enfants, Michel Joseph Dubocage voit le jour le 28 janvier 1676 en la ville Françoise du Havre de Grâce, quartier Notre Dame. Il est le fils de Nicolas Dubocage, capitaine de navire et de Marie Dufresnil. On ne sait rien de ses premières années. Fasciné probablement par le spectacle quotidien du bassin du Roi, son engagement précoce dans la Marine révèle son envie d'aventure ; c'était l'époque de la guerre la Ligue d'Augsbourg et des grands corsaires français : Jean Bart, Duguay-Trouin, Forbin...Son ardeur au combat et ses blessures lui valent le grade de lieutenant de frégate à l'âge de 16 ans.

En 1703, on trouve un Michel Dubocage, capitaine corsaire sur le dogre l'Audacieux, Jacques Duval d'Epremesnil, futur directeur du commerce à la Compagnie Française des Indes, est intéressé dans l'armement. Michel Joseph est capitaine de frégate quand il se marie à Ingouville en 1705 avec Marie Jeanne Boissaye Dubocage, fille de l'hydrographe. De ce mariage naîtra un garçon également prénommé Michel Joseph qui sera anobli et portera le nom de la seigneurie de Bléville. Le père et le fils sont souvent  confondus. Décédé en 1696, Georges Boissaye Dubocage avait-il eu le temps de transmettre sa science nautique à son futur gendre ? C'est possible, par ailleurs, il avait un fils prénommé comme lui et également hydrographe.

 

 

Bassin du Roi au Havre au XVIIIe siècle. Image d'optique inversée. Collection Brindeau. CCIH

Voyage à la Mer du Sud

Nous sommes au début du XVIIIsiècle, Louis XIV règne en France qui, à peine sortie d'un conflit armé, doit affronter une coalition des puissances étrangères et se trouve impliquée dans la guerre de Succession d'Espagne. C'est au Nouveau Monde et principalement dans les colonies espagnoles d'Amérique du Sud que l'Europe puise les moyens d'entretenir ses guerres. C'est à dire l’or et l'argent du Pérou ramenés en Espagne à pleins galions. Mais les Espagnols entendent bien garder pour eux seuls ces richesses. Ils interdisent les Mers du Sud aux pavillons étrangers en contrôlant le détroit de Magellan. La Compagnie française des Mers du Sud, établie en 1698, se voit donc priée de cesser ses activités malgré le manque de métaux précieux qui compromet l'œuvre de Colbert. Du coup ce trafic prohibé exerce une véritable fascination sur les armateurs qui, avec l'appui secret mais versatile, du gouvernement, et sous prétexte d'aller commercer les épices aux îles Moluques en Indonésie, montent des expéditions pour ce commerce interlope. Saint Malo prend une part importante dans ce trafic. Charles Maurel, reprenant Dahlgren, en a fait un livre : « Malouins autour du monde » dans lequel est signalé le voyage de la Découverte. D'autres ports y participent et notamment Dunkerque où le député au Conseil du Commerce, l'armateur Noël Piécourt et ses sept associés dont le receveur général des finances et trois conseillers, secrétaires du Roi, montent un armement de quatre frégates d'un coût de 2 550 000 livres dont les trois quarts pour Piécourt et un quart pour les autres. Près de 600 hommes, 132 canons ... affaire considérable étant donné la ruine du pays. 

Ces frégates sont :

la Princesse, 400 tx., 40 canons, 210 h. Capitaine Benoit de Bénac - l'Aurore,380 tx. 34 canons, 122 h. Capitaine Crosnier de Langavant - la Diligente, 300 tx. 30 canons, 125 h. Capitaine Salomon de Griel -  la Découverte, 250 tx. 28 canons, 127 h. Capitaine Michel Dubocage.

Le chef d'escadre est de Bénac, commandant de la Princesse. Sur cette frégate se trouve le représentant de Piécourt, un certain Monsieur de Vallade. Comment le roturier Dubocage a-t-il été pressenti ? Peut-être sur les recommandations de Jacques Duval d'Epremesnil, représentant les intérêts de Piécourt au Havre pour la Découverte. On dirait aujourd'hui le consignataire.  Diligente  et Découverte  sont armées à Dunkerque, l'Aurore au Havre de Grâce et la Princesse à Brest. Elles seront expédiées officiellement suivant les permissions accordées par le Roi et la Compagnie des Indes, pour les îles Moluques, le détroit de la Sonde et Malacca. Il serait trop long de développer les tracasseries administratives des officiers de l'Amirauté obéissant à des ordres contradictoires. Louis XIV avait promis à son petit-fils, le duc d'Anjou, devenu Roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, d'interdire les armements pour les Mers du Sud. Mais en fait il les encourageait en sous-main ayant grand besoin d'argent pour renflouer ses caisses vidées par ses guerres incessantes. La destination de l'escadre était bien la Mer du Sud, comme en témoigne l'entête du journal de navigation de Michel Dubocage.                                      

Le Havre au début du XVIIIe siècle. Une petite frégate et deux heux sortis du port longent les fortifications sud de la Citadelle. Dans l'avant port une autre petite frégate se dirige vers la Tour François 1er pour prendre la mer. Navires légers de la marine de guerre, des frégates pouvaient être armées en course par des particuliers à qui étaient délivrées des lettres de marque. Elles étaient commandées alors par des capitaines corsaires. Ce fut le cas de Michel Joseph Dubocage à bord de la Dauphine naufragée le 11 décembre 1704 à Saint Malo et dont l'épave retrouvée a été identifiée en 2007.Gravure de Milcent. Collection Brindeau. Chambre de Commerce et d'Industrie du Havre

De France aux îles Canaries

 " Au nom de Dieu soit commencé le voyage de Dunkerque à l'Amérique, la Mer du Sud   et  aux découvertes dans la frégate la Découverte montée de 28 canons commandée par Moy (Moi) Michel Dubocage sous les ordres de Monsieur de Bénac Directeur et commandant les frégates la Princesse, la Diligente, l'Aurore et la Découverte. "

La Diligente et la Découverte partent de Dunkerque le 28 août 1707 pour rejoindre l'Aurore au Havre de Grâce. Toutes les trois devant ensuite se rendre à Brest pour le départ officiel de l'escadre au complet. Bien que le détail n'en soit pas donné dans le journal de la Découverte, on a chargé des marchandises dans les cales. Michel Dubocage tenait un autre cahier pour ses opérations commerciales qu'il appelait journal de son négoce et qu'il n'a pas été possible de retrouver.

La vente de la cargaison du Jupiter, navire de Bayonne, au Pérou en juin 1716, permet de se faire une idée. Fers plats, socs de charrue, masses de fer constituaient un bon fond de cale. Par dessus, on arrimait draps, lainages et étoffes telles que les sampiternes, calenandes, bayettes d'Espagne, lavandille, camelots de Flandres et étamines écarlates fines qui se vendaient au Pérou avec 125% de bénéfice du prix de France. On devait aussi emporter du mercure dont les Espagnols du Pérou avaient le plus grand besoin pour exploiter leurs mines d'or et d'argent.

Le 6 septembre 1707, le journal rapporte : "Arrivés à la grande rade du Havre où nous sommes mouillés par 12 brasses d'eau, Orcher par le second moulin et les arbres de Bléville un peu découverts par le bord de la coste." Il poursuit : "Nous sommes restés mouillés à attendre l'Aurore. Nous avons essuyé des vents qui ont nous ont fait beaucoup pâtir et dans cet intervalle j'ai perdu mon câble et mon canot.'' Puis silence pendant neuf jours. A la date du samedi 15 octobre 1707, le journal reprend : " Le vent est venu de l'E.S.E. bon frais. Nous sommes partis de la rade du Havre en compagnie de l'Aurore et de la Diligente sur les huit heures du soir. "

la Découverte n'est donc pas entrée au port si on s'en tient au journal de navigation. Mais il serait surprenant que Michel Dubocage ne soit pas descendu à terre faire ses adieux à son épouse Marie-Jeanne et à son fils Michel Joseph alors âgé de 5 mois et demi. Ses biographes ont écrit qu'il ne connaissait pas son fils quand il est parti en voyage. Sans doute quand il est allé rejoindre la Découverte à Dunkerque, mais il est impensable qu'ayant passé neuf jours sur la rade du Havre et partant pour un voyage qu'il savait long et risqué, il ne soit pas venu embrasser sa femme et son fils.                       

A Brest, Piécourt et les commandants doivent signer une soumission les engageant à ne pas aller dans les Mers du Sud. Autre déconvenue, le lendemain de son départ de Brest, soit le 2O mars 1708, l'escadre doit faire demi-tour à cause du mauvais temps. Le vrai départ de France a lieu le jeudi 23 mars 1708. Cinq jours après l'appareillage survient le premier incident, la Diligente casse son mât de misaine et son beaupré lors d'une tempête dans le Golfe de Gascogne. Le 12 avril 1708 : première perte d'homme, un armurier de la Découverte, Jean-Baptiste Michenot meurt des suites d'une pleurésie. On dit une messe, son corps est immergé en mer et ses hardes vendues aux enchères parmi l'équipage.

Le lendemain, en pleine mer, et chaque fois qu'il aura une décision à prendre, de Bénac convoque le conseil des commandants à bord de la Princesse. Il est décidé que la relâche initialement prévue à Las Palmas (Grande Canarie) pour faire des vivres se fera à Santa Cruz de Ténérife où l'on pourra se procurer plus facilement des mâts pour la Diligente. L'escadre arrive sur rade de Sainte Croix le 26 avril 1708. Elle y restera trois mois pour réparer les avaries de la Diligente. Le 22 mai, le Saint Jean Baptiste de Provence du capitaine Jean Doublet arrive à Sainte Croix, à destination lui aussi des Mers du Sud pour le compte d'un armateur de Marseille.

A la fin de mai, Charles Gendre, volontaire embarqué à Dunkerque sur la Découverte déserte et se réfugie dans un couvent de cordeliers pour ne pas être repris. Le 18 juin de Bénac fait subir le supplice de la cale à un de ses matelots mutin. Trois jours plus tard, une dispute éclate entre de Bénac et le capitaine de l'Aurore, de Langavant qui est destitué et remplacé sur le champ par Monsieur de Griel. Crosnier de Langavant se fera rapatrier en cours de voyage el se pourvoira en Conseil d'Etat lequel cassera le jugement du Conseil de la nation française à Ténérife, considérant que de Langavant avait été destitué de son vaisseau mal à propos et sans fondement. L'armateur Piécourt sera condamné à réparation et à payer ses gages, 324 livres par mois. Un matelot gagnait de 10 à 15 livres.

Ces manifestations d'indiscipline, trois mois seulement après le départ de France témoignent de dissensions peu propices à la réussite d'une telle expédition. La personnalité de de Bénac, personnage curieux, les rivalités entre officiers, le fanatisme religieux de l'aumônier de la Découverte, Doberzeyxky, un Polonais, et ses altercations avec le chirurgien major Sageran, un calviniste, ne sont pas de bon augure.

Le supplice de la cale (pratiqué ici sur une frégate) consistait à hisser le condamné en bout de vergue, amarré à un cartahu (cordage passant dans une poulie) et à le précipiter dans la mer en filant le cordage en vrac. Collection particulière.

De Santa Cruz de Ténérife au Rio de la Plata

Le départ des îles Canaries pour la grande traversée océane a lieu le 27 juillet 1708. Martin de Chassiron, second de la Diligente avait pris la suite de Salomon de Griel passé sur l'Aurore. Rien de particulier à signaler jusqu'à l'Équateur que l'on franchit le 12 septembre par 2° 16' de longitude ouest du méridien de l'île de Fer. La traditionnelle cérémonie du baptême a lieu le lendemain, mais le journal ne donne pas le détail des réjouissances. Treize jours après avoir franchi la ligne, le maître charpentier de la Découverte, Pierre Humel dit Lespinne, décède d'une maladie qu'on n'ose pas appeler scorbut mais qui y ressemble. Ce sera le premier d'une longue série. Deux mois de mer déjà depuis les Canaries. Il y a beaucoup de bouches à nourrir, les vivres frais sont épuisés depuis un moment. L'eau croupie, la nourriture échauffante, le manque d'hygiène et les rats vont opérer une coupe sombre parmi l'équipage.

  L'ile de l'Acençaon, aujourd'hui Trinidade, est doublée, après en avoir fait le tour, le mercredi 3 octobre 1708. Le vendredi suivant, nouveau décès à bord de la Découverte, Martin Mortier embarqué comme volontaire à Dunkerque. Cette fois, cela ne fait plus de doute, c'est bien le scorbut. Son corps et ses hardes sont jetés à la mer. Le dimanche 21 octobre, enfin la côte du Brésil est en vue et on enregistre ce jour là deux nouveaux décès. Sur la seule Découverteplus de 50  hommes sont atteints. On longe la côte du Brésil vers le Sud et le 6 novembre l'escadre mouille dans la baie des Maldonades à l'entrée du Rio de la Plata. On monte des tentes au pied de la montagne afin de débarquer les malades. Seul un air sain et des vivres frais peuvent les sauver. La chaloupe de l'Aurore  est envoyée à Buenos-Aires pour en chercher. Elle sera de retour le 16 novembre, trop tard pour sauver les agonisants.  On ne sait pas pourquoi, de Bénac décide d'aller à Montevideo avec l'Aurore et de laisser les trois autres frégates à Maldonades avec les malades.

  Du 18 novembre au 22 décembre, dix matelots de la Découverte, tous du Havre de Grâce, décèdent à la terre de Maldonades. Le plus âgé d'entre eux, Jacques Deseau n'a pas 40 ans, le plus jeune Guillaume Pulmois a 18 ans. Au total sur la seule Découverte, on dénombre déjà 19 morts depuis le départ de France et l'hécatombe n'est pas terminée. Des équipages affaiblis, mais aussi deux bâtiments : la Princesse et la Diligente ayant besoin de réparation compliquent la tâche de de Bénac et altèrent gravement son moral. Outre une voie d'eau à étancher, la Princesse doit changer son mât de misaine, la Diligente a besoin d'un radoub. Le 3 avril 1709 on décide que l'Aurore et la Découverte partent ensemble devant. Mais quelques jours plus tard on apprend que le passage du détroit de Magellan leur sera refusé.  Michel Dubocage se ravise, la Découverte remontait mal au vent pour un passage du cap Horn d'Est en Ouest. Il est convenu que l'Aurore parte seule, ce qu'elle fait le 19 avril 1709. Le mardi 20 mai, le reste de l'escadre appareille  de la baie des Maldonades pour Buenos-Aires. On y parvient péniblement à cause des orages violents. Le gouverneur ne se montre pas très accueillant et veut faire payer très cher aux Français les vivres et le bois pour les radoubs. Il est envisagé de dépiécer deux navires l'Elizabeth et l'Espérance dont on espère pouvoir récupérer les membrures saines pour réparer la Diligente. Travail énorme! De Bénac perd son sang froid et veut faire décharger la Découverte de ses marchandises pour l'envoyer en course à la côte du Brésil. Aucun de ses projets ne pouvant aboutir, il en tombe malade.

  Le 19 novembre, ne voyant aucun autre moyen de faire avancer les affaires de l'armement, Martin de Chassiron et Michel Dubocage se rendent au chevet de de Bénac qui leur déclare leur abandonner ses intérêts dans l'expédition et se reposer sur eux. Sur le journal, à la date du dimanche 1er décembre 1709, il est écrit que Messieurs Prudhomme et Julien de la Princesse sont venus à bord de la Découverte annoncer la mort de de Bénac. D'une autre main et à l'encre plus noire, il a été rajouté: "... et nous dire qu'il s'était jeté à la mer". Cette mort de de Bénac paraît suspecte. Son valet de chambre a trouvé une chemise ensanglantée. Le commandant en second de la Princesse, Garnier, et lui seront soupçonnés par le Commissaire de la Marine à Brest.

Tracé du voyage à la Chine du capitaine Michel Dubocage 1707-1716 (aller en trait plein, retour en pointillé). Réalisation Christian Jost et Claude Briot sur un planisphère présentant l'Océan Pacifique au centre.

De Buenos-Aires au Pérou puis à la Chine

Le samedi 11 janvier 1710, l'escadre passée sous les ordres du Rochelais Martin de Chassiron, quitte enfin le Rio de la Plata après une interminable escale de 14 mois. Monsieur Garnier a pris le commandement de la Princesse. Sur son journal Michel Dubocage écrit : "J'ai commencé ma navigation pour aller au Cap de Home et de là à la Mer du Sud, si c'est la volonté de Dieu de nous y conduire à bon port". Le dimanche suivant Martin de Chassiron donne l'ordre de gouverner cap au sud. Dubocage lui recommande alors de faire route plus à l'Ouest afin de ne pas perdre les fonds. A plusieurs reprises pendant le voyage, on verra la supériorité nautique de Dubocage et c'est vraisemblablement son origine roturière qui ne lui a pas permis de prendre le commandement en chef de l'escadre.

Le 29 janvier, la terre de Feu, à l'entrée du détroit de Magellan est en vue. A midi le 31, le détroit de Lemaire est franchi. Dubocage signale que la carte de Pieter Goos le situe 30 milles plus au Sud qu'il ne l'est réellement. L'escadre descend jusqu'à la latitude 59° 41' Sud, c'est-à-dire qu'elle contourne le Cap Horn à 80 milles au large, sans le voir. Ils sont parmi les premiers cap horniers français après Beauchesne (1698), Porée (1703) Fouquet du Coudray (1705). Il règne un gros temps de Sud Sud-Ouest qui occasionne des avaries sur la Princesse et la Diligente. Le 13 février on doit mettre à la cape pendant cinq jours à cause du temps. la Princesse est alors perdue de vue. Puis, après la tempête, c'est le calme de la Mer du Sud ou l'Océan Pacifique. Le jeudi 20, à la latitude estimée du détroit de Magellan, on commence à faire route sur la côte du Chili que l'on aperçoit le samedi suivant. L'île de la Moka est atteinte une semaine plus tard, et le mardi 4 mars 1710, la Découverte et la Diligente mouillent dans la baie de la Conception où l'on retrouve le capitaine Jean Doublet et son navire. On y fait du bois, de l'eau et des vivres frais car il y a encore des malades. Il est convenu d'y attendre la Princesse quinze jours. Le 17 mars les trois frégates appareillent pour Valparaiso. Dès le lendemain on aperçoit les montagnes de la Cordillère des Andes couvertes de neige "si extraordinairement hautes", dit Michel Dubocage, "qu'elles paraissent toucher aux nues. "

Le lundi 24 mars, à Valparaiso, l'escadre se retrouve au complet en opérant la jonction avec l'Aurore qui avait vendu toutes ses marchandises. Martin de Chassiron assemble les officiers et les charpentiers à bord de la Princesse pour la visiter. Un carénage et de grosses réparations s'avèrent indispensables. On les fera à Coquimbo, port situé à 240 milles au nord de Valparaiso après avoir déchargé ses marchandises pour les vendre. Tous ces contretemps finissent par coûter cher à l'armateur Piécourt qui réclame des fonds à Monsieur de Vallade. Celui-ci envisage de faire repartir l'Aurore en France avec 100 à 120 000 piastres (la piastre valant 4 livres de France à l'époque), mais le conseil des commandants s'oppose à cette idée. Pendant un an la Diligente et la Découverte feront du cabotage entre les ports du Chili et du Pérou pour écouler leur cargaison, la Découverte vendant l'essentiel de la sienne à Arica, Coquimbo et Pisco.

Le 26 juillet on hésite sur la décision à prendre : faire le voyage de la Chine ou retourner en France avec les fonds recueillis que l'on peul estimer à environ 500 000 piastres si on en juge d'après le résultat de l'Aurore, en pignes d'argent. Une pigne étant une masse d'or ou d'argent qui restait après l'évaporation du mercure que l'on avait amalgamé avec le minerai pour en extraire le métal. Le 24 novembre 1710, M. de Vallade qui avait reçu des instructions de Piécourt demande à Martin de Chassiron de faire partir la Découverte à Pisco afin d'y attendre des fonds qui devaient venir de Lima pour le voyage de Chine. C'est décidé ... on veut doubler la mise. Mais la Diligente n'est plus en état de naviguer. On décide de s'en défaire, soit en la vendant, soit en l'échouant à la côte si on ne trouvait pas d'acquéreur, ce qui est un acte de baraterie. Quant à l'Aurore on la renvoie en France avec les bouches inutiles ou incommodées. Il reste cent hommes sur la Découverte. Martin de Chassiron prend le commandement de la Princesse. En définitive la Diligente sera vendue aux Espagnols au Callao, port de Lima. Le départ de la Princesse et de la Découverte pour la Chine s'effectuera de Goacho, petit port situé au nord de Lima. Quant à l'Aurore, elle sera de retour à Brest le 28 août 1711. Étant allée à la Mer du Sud sans permission, l'embargo est mis sur son chargement. Duplicité royale : aux armateurs les risques, à moi les profits.

Découverte de l'île de la Passion devenue île Clipperton

  Dimanche 8 mars 1711 : départ de la Princesse et de la Découverte de Goacho pour la Chine. La prochaine escale de rafraîchissement prévue est l'île Guam, une des Mariannes habitée par les Espagnols. Martin de Chassiron consulte Dubocage à propos de la route à suivre. Le Havrais envisage de remonter au dessus du 8e parallèle nord afin d'éviter les calmes équatoriaux et de profiter du courant nord équatorial. Le vendredi 20 mars, la ligne est franchie à nouveau. Le 1er avril, les deux frégates aperçoivent des oiseaux et des poissons en grand nombre annonçant la proximité d'une terre, alors que normalement elles se trouvent à plus de 600 milles de la côte de la Nouvelle-Espagne aujourd'hui le Mexique.

Le vendredi 3 avril 1711, Michel Dubocage signale dans son journal de navigation : "Sur les deux heures d'après-midi j'ai moi même découvert un très gros rocher sous la ralingue de la grand voile qui me restait au O.1/4 S.O. (l' Ouest quart Sud Ouest sur l'ancienne rose des vents valait le 257° 35' Ouest du compas moderne ) à environ 5 lieues. J'ai fait faire le signal de terre à M. Martin qui nous a répondu un moment après". Dans la découverte des dernières terres inconnues, il fallait bien que les Havrais apportent leur petite pierre. Ce sera cet atoll volcanique que l'on baptisa île de la Passion parce qu'on était un vendredi saint. Dans son journal, Michel Dubocage fait une description détaillée de l'île et la situe par 10° 25' de latitude Nord et 263° 35' de longitude par rapport au méridien de l'île de Fer. Il semble frappé par le grand lac qui se trouve en son milieu, peut-être découvrait-il un atoll corallien pour la première fois de sa vie. Un plan a été dressé, mais il aurait été joint au journal de la Princesse qui ne mentionne cette découverte qu'à la date du 4 avril, soit le lendemain.

Pour tout savoir sur l'île de La Passion  : http://www.clipperton.fr/

Après avoir péché plusieurs marsouins autour de l'île sur laquelle on ne peut aborder à cause du corail, les deux frégates poursuivent leur route vers la Chine. Sur la Découverte, on s'aperçoit que le grand mât est rompu sur la moitié de son épaisseur. Il faut le consolider. Le jeudi 14 mai 1711, sur les six heures du soir, on voit l'île Guam, la plus Sud des Mariannes. On a quitté le Pérou depuis neuf semaines et une fois de plus les vivres vont manquer. Cette île qui comptait à l'époque une colonie d'environ 200 Espagnols était renommée pour l'abondance des victuailles. On y trouvait : riz, maïs, pommes de terre, ignames, fruits à pain, bananes, oranges aigres et aussi de la viande : taureaux, vaches, cochons et quelques volailles : des poules et des canards depuis que le Saint Antoine de Saint-Malo, capitaine Frondât, y avait laissé de la race. Ce navire a été le premier français qui ait fait le voyage du Pérou à la Chine deux ans auparavant. En revanche il n'y avait pas de dindons. Michel Dubocage en laissera un avec deux femelles pour peupler l'île.

  Le lundi 18 mai, on reprend la route cap au N.O. et le mercredi suivant Martin de Chassiron assemble le conseil à bord de la Princesse. Il est convenu que la Découverte avait besoin de changer ses mâts et son gouvernail et la  Princesse d'un radoub, mais que ces réparations ne pouvaient pas être effectuées à Canton, la Compagnie de Chine n'ayant pas de droit dans cette ville à cette époque. On décide de se rendre à Amoy (Hia-Men), port situé entre Canton et Foutcheou. Sur les cinq heures du matin le jeudi 4 juin 1711, la Découverte aperçoit le cap del Engano au nord des îles Luçon (Philippines). Le samedi suivant, le 6 juin, l'île Formose est en vue. le 10 juin, Michel Dubocage relève deux roches qui ne figurent pas sur les cartes et modestement les baptise Rochers Saint Michel.

Position de l'île de la Passion découverte en 1711. Hydrographie Française. Bellin 1755.

Figurine exécutée à Amoy représentant le capitaine Michel Dubocage habillé à la chinoise. Musée de l'Ancien Havre. Photo Claude Briot 1988

L'escale à Amoy (Emoï puis Xia-Men)

Le vendredi malin, 12 juin, la terre de Chine est en vue et le lundi suivant on affourche dans la grande rade d'Amoy, où il y a, dit le journal "mouillage pour plus de cent navires". Les premiers contacts avec les Chinois sont difficiles. Il y a tout d'abord un problème de communication. Sur la Princesse, se trouvent deux passagers chinois mais ils ne comprennent pas les pêcheurs d'Amoy venus le long du bord. Si bien qu'en abordant pour la première fois l'Empire céleste nos navigateurs comparent ses habitants à "la plupart de nos Bretons qui ne parlent point le français"

Le gouverneur leur réserve cependant un bon accueil. Après avoir compris les intentions des Français d'acheter des marchandises contre de l'argent, il les autorise à entrer au port et à établir des relations commerciales. Mais le Houpou, second personnage de la ville demande qu'on lui remette gouvernails, canons et poudres, ce à quoi on ne veut pas obtempérer. Ce refus de soumission est une maladresse. Les tracasseries vont se multiplier que l'ouverture de quelques caisses d'argent et les présents de petits chiens épagneuls du Pérou dont semblent raffoler les Chinois empêchent de dégénérer en rupture. La distribution des cadeaux aux notables et les préséances exigent une grande diplomatie. Cependant, deux mois après l'arrivée, on n'est pas encore parvenu à se mettre d'accord sur le prix des marchandises. Aussi les Français font-ils semblant de se préparer à appareiller pour un autre port. Le samedi 29 août arrive un médiateur, le père jésuite Levearty avec une suite digne d'un mandarin. Proche de l'Empereur Kang-Shi, il est venu exprès pour aider les Français dans leurs affaires avec les Chinois, preuve qu'en haut lieu on manifestait de l'intérêt pour ces relations commerciales d'un type nouveau.

Le 15 septembre, les marchands chinois ne voulant toujours pas baisser leurs prix, on fait semblant d'appareiller de nouveau. Cette fois les sept coups de canons de partance et les remontrances du père Levearty sont pris au sérieux. Un accord est trouvé. Un traité de commerce en sept points avait été négocié avec le grand mandarin d'Amoy C'est peut-être un des premiers traités commerciaux maritimes franco-chinois. Celte convention prévoyait :

- 1° que les Français ne paieraient que les deux tiers des droits d'ancrage et de mesurage que payaient les Chinois suivant l'Ordre de l'Empereur qui voulait ouvrir le négoce aux nations étrangères.

- 2° que s'il y avait dispute à terre entre les Français et les Chinois, les marins seraient reconduits à bord de leurs bâtiments pour être jugés.

- 3° que les capitaines français et leurs deux négociants disposeraient de chaises à deux porteurs pour se déplacer en ville.

- 4° que les droits sur les marchandises se monteraient à 7%, à savoir 4% pour l'Empereur el 3% pour le Houpou d'Amoy qui partage avec les autres mandarins de la ville.

- 5° que les capitaines français prendraient maison à terre pour y loger et recevoir les marchandises.

- 6° que l'argent serait débarqué des frégates sans payer aucun droit ni être l'objet d'aucune visite.

- 7° que les vivres et rafraîchissements tant pour la durée de l'escale que pour le voyage seraient faits sans payer aucun droit. D'autre part les Français obtiennent une concession de terrain pour enterrer leurs morts.

  Le 30 septembre 1711, Dubocage fait dégréer la Découverte.  La Princesse, elle, se prépare à caréner. Le 7 octobre le matelot Charles Morel, du Havre-de-Grâce est amarré à un canon de la Découverte pour s'être battu avec les Chinois. Le 28 janvier 1712, la Princesse termine son radoub el laisse la place à la Découverte. Huit mois sont nécessaires pour caréner les deux frégates. Les calfats chinois ne travaillent pas vite. Pendant ce temps les marchands faisaient exécuter les commandes des Français dans différents centres de fabrication ce qui explique cette longue escale de 13 mois à Amoy.

 Le dénommé Charles Morel, encore lui, donne du fil à retordre à Michel Dubocage. Bagarres au couteau à terre se multiplient. Cette fois il faut lui faire subir le supplice de la cale pour le calmer. Le 16 mai 1712, les deux frégates sont enfin prêtes à recevoir les marchandises. Il est difficile de donner le détail de la cargaison. Cependant une longue remarque sur le journal de navigation permet de se faire une idée. Amoy ne produisait pas de soieries, mais à Tcheng-tcheou situé à 4 ou 5 lieues il se fabriquait les meilleurs bas de soie de toute la Chine que les Espagnols nomment "bas de Lagonne". On y faisait aussi quantité de belles festonneries, rubans, écharpes Les soieries de Fokiem et de Nankin, les damassés, les satins arrivaient à Amoy. En ce lieu se trouvaient également des vernis fabriqués sur place, du thé de toutes sortes et en quantité, des drogues médicinales comme la rhubarbe galangal, les épices venant des Indes, du sucre du pays aussi beau que celui du Brésil, du sucre candi à très juste prix ... et la porcelaine. On imagine aisément toutes ces précieuses marchandises appréciées des riches et élégantes Espagnoles du Pérou et du Chili s'entassant dans les cales de nos frégates.

Marché conclu. Retour à bord. Le voyage du thé. Album chinois du XVIIIe. Mariage Frères. 2002.

Retour de Chine au Pérou et au Chili

Sur les 7 heures du matin, le mercredi 13 juillet 1712, la Découverte, précédée de la Princesse, sort du port d'Amoy remorquée par 27 embarcations ... scène typique de la fourmilière chinoise. Un conseil se tient le lendemain en présence de M. de Vallade pour convenir quelle serait la prochaine relâche et à propos de laquelle il y a discussion. Il est décidé que le premier arrivé attendrait l'autre quinze jours. Le 15 juillet, la terre de Chine encore en vue on relève sur le journal de la Découverte : "J'ai fait donner l'eau par ration, deux chopines et demies par jour pour tout l'équipage à commencer par moi. J'ai fait les pains de 20 onces pour chaque officier par jour". Ces détails laissent entrevoir la personnalité de Dubocage, juste, rigoureux et n'ayant pas peur de mettre les mains à la pâte. À la journée du mardi 19 juillet on note: "M. D'après malade depuis deux jours". M. d'Après est premier lieutenant à bord de la Découverte. Il s'agit d'un oncle du célèbre l'hydrographe  de la Compagnie Française des Indes, d'Après de Mannevillette. Le 20 juillet on reconnait l'ile de Fuego à la pointe Sud du Japon. Le lendemain Michel Dubocage fait signal à la Princesse pour avoir son chirurgien, le sien Sageran étant atteint de la fièvre chaude (insolation). Une semaine plus tard, le journal de navigation mentionne : "Sur les 2 h. 1/2 le Sieur Sageran est mort malheureusement dans l'hérésie sans vouloir entendre notre aumônier. On l'a jeté à la mer sans une cérémonie par un sabord de la Sainte Barbe". La Sainte Barbe étant le local où se trouvait la poudre à canon.

Avant de tomber malade Sageran avait abjuré sa religion calviniste mais l'aumônier a prétendu que le chirurgien aurait déclaré que s'il venait à mourir son intention était de le faire "dans la RPR" (Religion prétendue réformée). Or la déclaration royale du 29 avril 1686 réservait un bien triste sort aux relaps : en cas de survie : procès, condamnation à l'amende honorable et aux galères à perpétuité avec confiscation des biens ; en cas de décès : procès au cadavre ou à la mémoire et biens confisqués. Chef compétent et juste, Michel Dubocage a commis une grave erreur sur la foi de l'aumônier sans faire d'enquête parmi I’ équipage. Cette affaire donnera lieu à un procès au retour au Havre. Le curateur sera Jean Coste. Parmi les huit témoins qui seront entendus il y a Jean d' Arcourt, maitre calfat. I1s déclareront que Sageran avait abjuré la religion calviniste, qu'il ne manquait ni la messe ni les vêpres mais qu'il recevait les sacrements à terre ayant un différend avec I’aumônier Doberzeyxky à qui il reprochait d'avoir marié un officier du Roi à Dunkerque sans autorisation. Le jugement sera rendu le 24 décembre 1716 en ces termes: " La  mémoire dudit feu Sageran est et I' avons déclaré purgée du crime de relaps dont il avait été accusé. "

À partir du 28 juillet 1712, le temps devient mauvais, vent de Sud-Est fraichissant avec grains. On prend des ris dans les huniers et on met à la cape. Le 16 août, le gros temps dure toujours. Le navire fatigue beaucoup. Des voiles sont déchirées, des mâts rompus et emportés. L’estime laisse à penser que le Japon est doublé. Le 3 septembre la Découverte subit plusieurs violents coups de mer. Le 18 on aperçoit un poisson de la grosseur d'une moyenne baleine mais nageant beaucoup plus vite et que l'on pense être une licorne. Le 21 septembre, jour de la Saint Martin, Dubocage se rend  à    bord de la Princesse souhaiter la bonne fête à de Chassiron. Celui-ci lui apprend que son équipage a voulu se mutiner et qu'il avait démis le capitaine en second, le sieur Prudhomme. Dubocage lui conseille de prendre le parti de la patience et de lui faire signal à la prochaine alerte. Huit jours plus tard, jour de la Saint Michel, Martin de Chassiron rend la politesse en venant a bord de la Découverte avec, dit le journal de navigation "un bouquet de fleurs". On a quitté la terre depuis deux mois. D'ou viennent ces fleurs ? On les cultivait à bord et cependant l'eau douce était rationnée. Paradoxe de ces hommes endurcis ! Le jeudi 6 octobre 1712, des troncs d'arbre, des racines et du goémon flottant sur l'eau annoncent l'approche d'une terre. Selon l'estime de Dubocage on se trouverait au large de la Conception de Californie. La côte est aperçue seulement le 12. Le 19 le Havrais voit une petite ile fort haute qui n'a, dit-il, "jamais été connue de personne n’étant  marquée  sur  aucune carte de quelque nation que ce soit" (II possédait donc d'autres documents que les cartes hollandaises de Pieter Goos et de Van Keulen). Cette ile se trouve à 30 lieues au large de la Californie. C'est la cinquième découverte géographique du voyage. Michel Dubocage a fait une déposition à I' Amirauté a son retour au Havre mais il n'a pas été possible de la retrouver. A plusieurs reprises il rectifiera les cartes imprécises dont il disposait.

 On longe la c6te de Californie vers le sud et le 29 octobre 1712, les deux frégates mouillent aux iles des Trois Maries pour s'approvisionner en tortues de mer. Le 1er novembre, l‘escadre arrive dans la baie de Bander à 30 lieues  de Compostel pour se ravitailler. L’accueil est bon. Le lieutenant du Corregidor (fonctionnaire local) leur promet son concours. II est même venu le lieutenant général Estannavin de San Francisco avec plusieurs bourgeois de Compostel. Bœufs, veaux, 600 poules, de la viande boucanée, du fromage et du mais sont fournis. Le bois se fait au bord de la rivière. II en faut bien pour cuire les aliments à  bord. II y a du poisson autant que I’on veut en pécher et à  terre une très grande quantité de gibiers, de quoi rétablir les malades. Le sieur Prudhomme passe à bord de la Découverte et le samedi 3 décembre les deux frégates appareillent de la baie de Bander, la Princesse pour Pisco et la Découverte pour Ylo. Les bœufs vivants occupent le pont et ne permettent pas d'embarquer la chaloupe. On la traine à la remorque. Treize jours plus tard on embarque la chaloupe ... pauvre bœufs ! Le 21 décembre, le second maitre Jean Benoit, malade depuis le départ d'Amoy, meurt. Aucune mention dans le journal pour les fêtes de fin d'année ! Dubocage tenait-il un troisième journal ? Le dimanche 26 février 1713, le nommé Jean Jeudron, un Charentais, fait abjuration de son hérésie de Calvin dans laquelle il était né (Dubocage dixit).

 

Baie de Pisco à l'époque du voyage du capitaine Michel Dubocage. Dessin extrait du journal de Jean Doublet. ADSM.

Trois ans de cabotage sur les côtes du Chili et du Pérou

Le 20 mars la terre du Chili est en vue. II ne reste à bord de la Découverte que deux à trois jours d'eau douce et un peu de farine échauffée. Eternel problème des victuailles à renouveler sans cesse. Une relâche à  Coquimbo est décidée. On y trouve des lettres de France. Michel Dubocage y apprend la mort de son père par des nouvelles de son épouse Marie-Jeanne. Ses biographes ont écrit qu'i! est parti du Havre pendant neuf années sans donner signe de vie et qu'on l'a cru perdu. Cependant il y a eu échange de courrier. Sans doute qu’en raison du caractère clandestin de ce voyage dans des mers interdites, la loi du silence a régné et Marie-Jeanne Dubocage devait protéger son mari en se taisant.

Le dimanche 14 mai 1713, la Découverte arrive à Ylo. Le Corregidor, considérant que les marchandises venant de Chine étaient de contrebande, parlemente avant d'accorder la permission de négocier. On finit par tomber d'accord sur un droit de 8% sur toutes les marchandises vendues. La vallée d'Ylo est malsaine et bientôt seize hommes de la Découverte tombent malades de fièvre, mais il y a des fruits à volonté pour lutter contre le scorbut. Le 28 novembre l'aumonier Doberzeyxky déserte. Sa position à bord de la Princesse était-elle devenue intenable pour lui depuis la mort du chirurgien Sageran ? C'est probable. Le 18 août 1713, le Saint Joseph navire de Saint-Malo, capitaine Duchene, arrive sur rade d'Ylo. A son bord il y a I’ ingénieur du Roi Frézier, chargé d'une mission hydrographique. II est resté jusqu'au 5 septembre. Le journal de la Découverte n'en parle pas, mais il serait surprenant que Frézier et Dubocage ne se soient pas vus et n'aient pas échangé leurs découvertes. Ce nouvel indice plaide pour la thèse d'un troisième journal tenu par Michel Dubocage.

En janvier 1714 survient une nouvelle série noire à bord de la Découverte. Le 15, Léonard Depont, maitre d'équipage meurt après cinq jours de maladie. Le 25, c'est un matelot d'environ 40 ans, Jean Faulin, de Saint-Valéry-en-Caux et le 30, le matelot Robert Briand qui décèdent à leur tour. Le 27 janvier, deux matelots blanchisseurs, Pierre Julien et Jacques Dupin, désertent en emportant du linge appartenant à Dubocage et à ses officiers ainsi que des marchandises. Le 1er  février, le second calfat, Jean Collet, est amarré à un canon. On ne dit pas quelle faute il a commis. La Découverte souffre dans ses œuvres mortes (parties immergées de la coque). Les bordés se disjoignent sous l’effet de la sécheresse et on ne peut les calfater faute de brai. II est décidé d'un propos unanime en conseil, de descendre à Pisco rejoindre la Princesse. Le 23 mars 1714, Michel Dubocage qui logeait à terre pendant les opérations commerciales s'embarque avec tout son monde. II laisse au magasin M. d' Après, premier lieutenant avec sept hommes pour vendre les dernières marchandises. Le 30 mars, la Découverte mouille à Pisco. Martin de Chassiron constate l'état des frégates et est d'avis de les vendre aux Espagnols. Dubocage ne partage pas son point de vue et le persuade que le rapatriement des fonds, des équipages et des passagers (il y en a quelques uns) coûterait plus cher que le radoub dont La Princesse avait besoin. Le 5 avril le conseil décide qu'elle irait caréner au Callao. A ce moment Dubocage est bien le véritable chef de I’expédition.

Le 22 août 1714, alors que la Découverte  est à Coquimbo, I’écrivain Louis Van Paperzeele, marié la veille avec une Espagnole, déserte et s'enfuit dans la montagne pour ne pas être repris. Le matelot Jean Savary du Havre-de-Grâce en fait autant mais en emportant une malle pleine de marchandises ayant appartenu au chirurgien major Sageran. II n'y avait pas que le scorbut qui opérait des ravages parmi les équipages.  Jeudi 18 octobre 1714 : départ de Coquimbo pour Arica. Samedi 8 novembre retour à  Ylo. La Découverte  y est rejointe par la Princesse le 5 mars 1715. La place est libre au Callao pour aller caréner et la Découverte  en a bien besoin. Tous les fonds disponibles, on ne dit pas combien, sont remis à la Princesse. Michel Dubocage a même prêté tout son argent personnel, devant témoins, pour dit-il, " le bien de La Compagnie ".

 

Retour en France

Martin de Chassiron appareille d'Ylo le 24 mars 1715. II arrivera à La Rochelle le 16 août 1715 avec près de cent caisses d'argent en pignes, 27 barres d'argent quintées et enveloppées de cuir, au total environ 7 tonnes et demie d'argent du Pérou, plus 2,3 tonnes, de thé de Chine : 9 tambours, 35 caisses, mais seul le thé des tambours est reconnu de bonne qualité, celui des caisses est gâté. II y a aussi de la vaisselle d'argent.

Le dimanche 11 novembre 1715 au Callao, la Découverte abat en carène. Le doublage est mangé par les vers, il faut le refaire. Le 9 janvier 1716, tout est paré et on appareille du port de Lima pour revenir à Ylo lever le magasin. Les marchandises de Chine vendues n'étaient pas encore toutes payées au départ de la Princesse car on embarque 60 caisses d'argent de pignes et de l'indigo.

Le mercredi 1er avril 1716 Michel Dubocage peut enfin songer au retour en France et donne l'ordre d’appareiller. Il trace la route pour aller chercher le Cap Horn que l'on franchit le 6 mai en essuyant un coup de mer qui emporte une partie de la grande chambre et casse une chaine de hauban. Le 21 mai, on prend la cape, le 26 il faut réparer la hune d'artimon. Le 9 juin 1716, au large de San Salvador de Bahia (Brésil), Michel Dubocage assemble ses officiers en conseil. II reste 80 barriques d'eau, cinq mois et demi de vivres dont deux mois et demi de rafraichissements. C'est trop juste pour entreprendre la traversée de I’Atlantique. II est convenu d'aller se ravitailler à Pernambouc (aujourd'hui Récife). On y reste une semaine. La traversée océane s'effectue sans incident. On est passé au large et dans l'ouest des iles du Cap Vert puis des Açores. Le 9 août, à environ 600 milles de I'entrée de la Manche on essaie en vain d'obtenir des nouvelles d'Europe auprès d'un terre-neuvier du Havre ou d'Honfleur qui refuse de venir parlementer. Ce manque d'information constituait une angoisse pour les navires français rentrant de voyage. La France était-elle encore en guerre ? Le samedi 15 août on aperçoit quatorze navires. Une frégate anglaise apprend à  Dubocage que La France est en paix avec toutes les nations d'Europe. Ouf ! On peut emmancher en toute tranquillité. II faudra encore une bonne semaine pour atteindre Le Havre. Le dimanche 23 août 1716, à 8 heures du matin, on croise un petit navire dont le capitaine déclare se rendre au Havre. On le suit et on arrive bientôt en vue de la pointe de La Hève.

© Blason de Bléville. Il regroupe les armoiries des cinq seigneurs successifs : Erquembourg,Toustain, Auber, de Maulde et Dubocage. Au centre, celles de Michel Dubocage de Bléville : d'azur à trois arbres arrachés d'argent posés deux et un. Reconstitution Karine Briot 1988 d'après des documents des Archives municipales du Havre

La fortune venue de la mer

 Dès le lendemain, les officiers de I' Amirauté mettent les scellés sur la Découverte et placent des gardes à bord. Le 29 aout, il est permis de prendre environ 160 000 livres sur l'argent à envoyer à la Monnaie à Rouen pour payer l'équipage. À 320 livres par mois, ce voyage a rapporté un beau pactole à Michel Dubocage : environ 35 000 livres pour ne parler que de son salaire. Ce qui était une grosse paye comparée aux 1 200 livres annuelles du Maitre des quais, commandant du port de commerce de l'époque. Une lettre de Paris du 2 septembre adressée à M. de Champigny, Intendant de la Marine au Havre, donne des directives : "laisser aux propriétaires du vaisseau la Découverte la liberté de disposer de l'argent qu'il a rapporté. Le Conseil n'a rien à vous prescrire au sujet de ce navire. "Mais les représentants au Havre des compagnies intéressées soutiennent auprès de I'Amirauté que le commerce illicite de la Découverte leur permet de demander la saisie ou pour le moins 10% sur les marchandises de retour.

II s'agit de MM. Balm et Prier pour la compagnie des Mers du Sud et du Pacifique, Jean Le Chibelier pour la Compagnie de la Chine et le sieur Quenet pour la Compagnie des Indes Orientales. Un accord est finalement trouvé entre les parties et le 19 septembre, les scellés sont levés. Des le lendemain, Dubocage fait envoyer quinze caisses de matière d'argent à Rouen, deux pour son second capitaine de la Roche Pezon et treize pour lui et ses associés. Selon Louis Adrien Plaimpel, subdélégué au Havre de M. l'Intendant de la Généralité de Rouen, "Toutes les matières d'argent de la Découverte ont été portées à la monnaie ( ... ) plus d'un million, soit un bénéfice pour Sa Majesté de plus de 250 000 livres". Pour ce qui concerne I’ indigo, la vente sera faite par d'Epremesnil qui a le consentement de Vernon de Lisle, conseiller secrétaire du Roi, porteur de la procuration de la dame Piécourt, son mari étant mort.

II est difficile de chiffrer combien ce voyage a pu rapporter à Michel Dubocage. Le journal de son négoce aurait été bien utile. Si on en juge par ses opérations immobilières effectuées à son retour, on peut dire beaucoup d'argent et même une fortune. Dès le 28 septembre, il agrandit sa propriété de Saint François qu'il avait achetée 1100 livres à Pierre de Corbières le 2 octobre 1705, à savoir : deux petits corps de logis au coin de la rue du Grand Croissant (actuelle rue de Bretagne) et de la rue du Gallet (aujourd'hui rue Jérôme Bellarmato). Le premier corps de logis comprenant : une cuisine, deux chambres l'une sur l'autre, un grenier, cabinet, escalier. Le deuxième corps de logis comprenant deux petits celliers et lieux communs se jouxtant et situés au bout du jardin, le long du cimetière. C'est-a-dire, avant de partir en voyage : un F2 avec jardin et dépendances. Le 28 septembre 1716, après son retour de voyage il achète pour 4100 livres à Louis de Corbières une grande maison de fond en comble, avec cours, jardin, écuries et celliers. Le 17 mars 1717, il achète moyennant 700 livres au trésor de l'église Saint François une terre adjacente au cimetière avec deux vieilles cuisines côte à côte sur la rue Percanville, un grenier dessus, derrière une petite cour, un cellier, un jardin.

 II avait par ailleurs repris à Jacques Duval D'Espremesnil, l'office de Président du grenier et magasin à sel du Havre-de-Grâce, on ne sait pas pour quelle somme. Le 14 avril suivant, il achète à Messire Georges Feudrix, écuyer Sieur de la Fontelaye, le fief et vavassorerie de Gainneville avec tous les droits y attachés y compris droit de pâturage dans les communaux et droit de place dans la chapelle de la Sainte Vierge de l'église. Domaine relevant du Roi par son duché de Longueville, consistant en terres, construit de plusieurs bâtiments, cours, jardin, maisons, granges, pressoir, écuries, bergeries et en plus d'autres bâtiments, colombier à pied, bois taillis, arbres fruitiers et non fruitiers et des terres labourables. Au total 144 acres, soit plus de 80 hectares (une fois et demie la superficie du Havre intra-muros de l'époque, hors citadelle) pour le prix de 34 650 livres.

  Le 26 janvier 1719, Michel Dubocage, sieur de Gainneville, achète à Jacques de Maulde, selon I’acte de vente publié dans l'Histoire de Bléville de Braquehais : "la propriété du fief, terre et seigneurie de Bléville qui est une chatellerie en plein fief de haubert avec château anciennement bâti et de présent presque démoli, sis en la dite paroisse de Bléville, proche du Havre, un colombier à pied, droit de pêche et de varech, moyenne et basse justice sur les vassaux, avec les rentes seigneuriales tant en grains, volailles qu'en argent dû par les héritages et terres du domaine fieffé, droits honorifiques et places de bancs dans le chœur et la nef de la dite paroisse".

La vente comprend également cinq fermes dont celle du château, cinquante acres, celle près du cimetière de I’ église, résidence du Sieur de Maulde et une autre appelée le Cabaret. Par ailleurs, un moulin à eau faisant la farine de blé à Rouelles avec ferme et prairie attenante. Le tout pour la somme de 32 000 livres. N'ayant pu obtenir le titre de Gainneville, il fait rajouter à son nom celui de Bléville. Le 14 janvier 1722, Michel Dubocage de Bléville père achète encore une propriété construite a Octeville 16 200 livres.

 

Pour résumer, durant les six années qui ont suivi son retour de voyage, il a acquis:

         - les extensions de Saint François                 4 800 livres

         - Gainneville                                                  34 650 livres

         - Bléville                                                         32 000 livres

         - Octeville                                                       16 200 livres

         Total... .......................................................... 87 650 livres

À 320 livres par mois, il lui aurait fallu naviguer comme capitaine, sans rien dépenser, pendant 23 ans pour se constituer un tel capital.

Michel Dubocage de Bléville père ne se contentera pas d'acheter des biens. II monte, avec son fils, une maison de négoce maritime qui deviendra la plus importante de la place du Havre au milieu du XVIIIe siècle. En 1725 et 1726, lors de la disette qui sévit en France, les Dubocage de Bléville coopèrent avec le banquier protestant Samuel Bernard, le plus riche d'Europe disait-on, qui avait prêté onze millions à Louis XIV et avait été reçu au château de Marly, pour importer au Havre des blés tant du levant que du nord. Cent trente quatre navires de blé arrivent au Havre ces deux années là à I’adresse des Dubocage de Bléville. La distribution se fera parfois à leurs frais. La fatigue et les embarras de cette entreprise auraient ruine la santé du père. II meurt I' année suivante, le 10 mai 1727. II n'a que 51 ans. Son fils vient tout juste d'en avoir 20. Michel Dubocage de Bléville, dit le navigateur pour ne pas confondre avec son fils le négociant, est enterré dans le chœur de l’ église  de Bléville dont il avait été parrain de la cloche « Marie-Joseph » 7 ans auparavant. D' autres  convois  de blé arrivent au Havre en 1740, 1741 et 1752 à I’ adresse de Michel Dubocage de Bléville fils. De juillet 1749 à juin 1750, il expédie 309 navires tant français qu'étrangers dont il est le consignataire. En 1753, il est chargé du transport des bois de construction et des munitions  du  Roi  pour  le service de la Marine. À ce titre l'Etat lui devait 300 000 livres. Il avait acheté et fait construire des navires à ses frais qui devinrent bientôt inutiles.

L’ascension sociale se poursuit néanmoins. Directeur de la Compagnie de I’ ile Saint Jean dans le Golfe de Saint Laurent et de deux maisons de Rouen pour le commerce avec la Martinique qui utilisait les plus grands navires fréquentant Le Havre a ce moment là. Michel Dubocage de Bléville fils  arme  le  premier  corsaire français pendant la guerre de Succession d' Autriche. Quand éclate la guerre de Sept Ans, ce sont encore ses corsaires qui seront les premiers dans la Manche. Maire échevin du Havre il fait réaliser des travaux remarqués : adduction d'eau, pavage des rues dans lesquelles il fait régner l'ordre et la propreté. Sa générosité pendant les disettes lui avait attiré la sympathie du peuple. Les quelques loisirs que toutes ses activités lui laissent, il les consacre à I’ étude de l'histoire naturelle et à l'écriture. II est l'auteur de plusieurs ouvrages dont un mémoire sur le port, la navigation et le commerce du Havre. Membre de l'Académie de Rouen, il est anobli par lettres patentes de Louis XV en décembre 1753. Michel Dubocage de Bléville fils est mort le 9 juin 1756 à l'âge de 49 ans. II est enterré avec son père dans l'église de Bléville. Jean Mettas a dépouillé des centaines de rôles d'équipage pour ce qui est devenu "le Mettas" ou répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle ne mentionne pas de Dubocage de Bléville ayant armé pour la traite des Noirs.

On a dit que Michel Dubocage de Bléville, sans trop savoir s'il s'agit du père ou du fils, avait ouvert le premier cabinet d'histoire naturelle que Le Havre ait possédé. On n'en trouve pas de trace. Comme tous les marins, le père a ramené des souvenirs de ses voyages. Son périple a peut-être été le seul de ce genre effectué par un Havrais à cette époque. II est certain qu'il a ramené quantité de choses curieuses qu'il a dû exposer dans une pièce de sa maison de Saint François et qu'il devait montrer à ses amis. En quelque sorte, l'embryon du futur musée de l’Ancien Havre. Que reste-t-il de sa collection? Deux figurines du début du XVIIIe siècle dont une en matériau qui ressemble à de l'argile façonnée par des modeleurs de visage chinois spécialistes dans le réaliste pendant son séjour à Amoy. Qu'est devenu le tableau de 7,50 m. de long représentant le cortège de l'Empereur de Chine ramené par Michel Dubocage que le petit-fils a offert a la Ville en 1846 et qui, selon Charles Vesque, était encore au musée en octobre 1888 : 212 personnages représentant l'Empereur K'angshi et sa suite. Est-ce le fils, passionné de sciences, qui a transformé le cabinet de curiosités du père en cabinet d'histoire naturelle?

Le Havre laisse l'impression de ne pas avoir donné de grands marins à  la France. Et pourtant ces premiers navigateurs français qui ont doublé le Cap Horn et se sont aventurés dans des mers interdites et inconnues avec des cartes imprécises et des instruments de navigation rudimentaires avaient ouvert la voie pour sortir le pays du marasme dans lequel Louis XIV I'avait plongé. Seulement voilà, le monarque pour ne pas déplaire à son petit-fils, le duc d'Anjou, roi d'Espagne, en vint à punir de peine de mort les marins qui fréquentaient ces parages.

 Pauvre Colbert !

 Principales sources utilisées :

Archives nationales de France : Marine 4 JJ : journaux de bord de la Découverte et de la Princesse.

Pour les nombreuses sources détaillées : se reporter au Recueil de l'Association des Amis du Vieux Havre n°48 - 1989

 

24/11/2016 - La proposition de loi du député Philippe Folliot sur La Passion-Clipperton adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale !

L'Assemblée nationale, après la commission des lois qui l'avait votée à l'unanimité la semaine précédente, a adopté jeudi 24/11/2016 le projet de loi présenté par Philippe Folliot et son groupe. Le texte proposé, qui doit encore passer devant le Sénat, où il faut espérer qu'il n'y ait pas d'opposition, propose enfin la création d'un statut de Collectivité sui generis inspiré de celui des TAAF et de réhabiliter le vrai nom de baptème français de l'île, à savoir La Passion, qui deviendra ainsi l'île de La Passion, ou La Passion - Clipperton.

De Domaine public d'Etat, La Passion devrait devenir une Collectivité à statut particulier.

- Voir la vidéo de l'intervention de Philippe Folliot
- Voir le texte complet del'intervention

 

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