Nicolas Baudin (1754 - 1803) - Musées de Poitou Charentes.

Nicolas BAUDIN, capitaine naturaliste

Son voyage scientifique aux Antilles sur la Belle Angélique

Deux grands voyages maritimes scientifiques de découvertes au départ du Havre confèrent à ce Charentais le droit de cité parmi les grands navigateurs havrais. Si on connait surtout son voyage en Australie en 1800-1803, commissionné par Bonaparte, avec les frégates Géographe et Naturaliste en  compagnie d'une équipe de savants et du dessinateur havrais Charles Alexandre Lesueur, son expédition précédente aux Antilles sur la Belle Angélique du 30 septembre 1796 au 7 juin 1798 est moins connue. 

Après une période difficile dans la Marine Royale, tenté par la Guerre d'Indépendance américaine, Nicolas Baudin s'engage finalement dans la Marine Marchande. Son intérêt pour la botanique et les voyages scientifiques est né d'une rencontre faite au Cap de Bonne Espérance avec Franz Boos, jardinier à la cour de Vienne chargé par l'Empereur Joseph II de rechercher des plantes rares pour les acclimater aux jardins de Schönbrunn. Baudin, dégouté d'avoir été limogé de la Marine militaire après la Guerre d'Indépendance américaine avait accepté d'entrer au service de l'Empereur d'Autriche. Promu capitaine de vaisseau de sa Marine impériale basée à Trieste, il y rapporte une riche collection de plantes de l'Inde en 1789 alors qu'éclate la Révolution en France. En 1793, il prend le commandement de la Jardinière pour une expédition scientifique de découvertes pour l'Inde,  l'Indonésie, les îles de la Sonde, la Chine. le Cap de Bonne-Espèrance. Au retour de ce grand voyage, une tempête endommageant gravement le navire l'oblige à se dérouter vers les Antilles et à relâcher à l'île espagnole de la Trinité où il met à l'abri une importante collection d'histoire naturelle, à savoir 195 espèces de plantes vivantes, quantité de coquillages, madrépores, minéraux, poissons, insectes, oiseaux empaillés...

Rentré en France le 8 juin 1796, désireux de revenir au service de son pays après la Révolution, Nicolas Baudin confie à Jussieu directeur du Muséum d'Histoire naturelle de Paris qu'il posséde cette importante collection en dépôt chez un de ses amis de l'île  espagnole de la Trinité aux Antilles et qu'il est prêt à l'offrir au Muséum de Paris à condition que la Nation prenne en charge l'armement du navire pour aller la chercher. La demande en est faite au Directoire et acceptée le 1er juiller 1796. Quatre naturalistes sont nommés le 12 juillet pour seconder Baudin qui reçoit en septembre le commandement de la flute marchande vieillissante la Belle Angélique de 800 tonneaux appartenant à l'armateur Langevin de Nantes, affrêtée par la République pour une expédition  scientifique aux Antilles. Baudin a alors 42 ans. Sont nommés pour l'accompagner le botaniste André Pierre Ledru, 35 ans originaire du Mans, auteur d'un récit du voyage, source principale de cette contribution, les zoologistes René Maugé 38 ans de Fontainebleau, le jardinier Anselme Riedlé 31 ans Allemand, le minéralogiste Alexandre Philippe Advenier et le peintre Antoine Gonzales d'origine madrilène qui illustrera le journal de la Belle Angélique. En outre un officier de santé Valentin Truffet et  trois amateurs d'histoire naturelle sont également du voyage : Stalislas Le Villain, Jean Louis Hoggard et Louis Legros. Par ailleurs, l'équipage comprend 108 membres  dont 3 Havrais : Jean Baptiste Angoumard enseigne, Michel Fortin pilote et Benjamin Le Villain matelot amateur d'histoire naturelle.  

 Advenier avait été désigné par l'Ecole des Mines, Maugé et Riedlé étaient employés du Muséum, Ledru ne faisait pas partie de l'entourage de Jussieu. Ancien vicaire dans diverses paroisses du Mans, séduit par l'esprit de la Révolution il devient prêtre constitutionnel. Il quitte l'habit en 1793 et arrive à Paris désargenté le 1er juin 1796. Juste à temps pour rencontrer Jussieu et vanter son goût pour la botanique prétendant qu'il possédait un herbier important. Son enthousiasme masque probablement la véritable étendue de ses connaissances en matière de sciences naturelles mais il parvient à convaincre Jussieu de le faire nommer. Baudin finira par le considérer comme le chef de l'équipe des scientifiques embarqués à son bord. Leurs relations seront bonnes tout le temps du voyage, les scientifiques ne discutant pas l'autorité de Baudin en tant que chef de l'expédition ce qui ne sera pas le cas au cours du voyage en Australie où sa réputation et sa mémoire seront ternies. Au contraire dans son récit du voyage de la Belle Angélique Ledru présente Nicolas Baudin comme un homme sensible, généreux et honnête, un passionné de la mer, gouverné par son amour des voyages.

 

 

 

 

Le Port du Havre vu de la Citadelle sur le Bastion du Roi en 1776 par Ozanne. Archives municipales du Havre. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Départ du Havre le 30 septembre 1796

Baudin est au Havre depuis un mois pour préparer l'expédition mais il ne maitrise pas les conditions de l'armement notamment le choix du navire et de son équipage. Les trois mois d'avances de solde règlementaires au départ ne sont pas versés aux marins, ce qui va compliquer sa tâche pendant le voyage. Par ailleurs prévoyant des ennuis avec nos irréductibles ennemis anglais de l'époque, Baudin demande par l'intermédiaire de Jussieu un  sauf-conduit de neutralité compte tenu du but scientifique, pacifique  et non commercial de sa mission. Charretier, agent des Français prisonniers de guerre à Londres l'obtient du gouvernement britannique. Ce sauf-conduit délivré par les officiers de l'Amirauté anglaise garantit Baudin et son navire la Belle Angélique contre tout retard et "insultes" de la part des bâtiments de sa gracieuse Majesté qu'il pourra rencontrer au cours de route du Havre à l'île espagnole de la Trinité et retour, à condition qu'il ne se livre à aucune opération commerciale. 

Le 30 septembre 1796 à 10 heures du matin, la Belle Angélique quitte le port du Havre. En mer, André Pierre Ledru est d'abord  fasciné par le balancement apparent de la voute céleste provoqué par les mouvements du navire, tangage et roulis. "Tout le ciel paraît en mouvement",  écrit-il dans son journal qui sera édité à Paris par Arthus Bertrand en 1810. Rien de particulier à signaler jusqu'au 18 octobre, le navire porté par les alizés du nord-est se trouve alors entre Madère et les Açores. Mais passant brutalement à l'est, les vents se mettent à souffler en ouragan avec forte pluie et grèle. L'amure de grand'voile cassée provoque le déchirement de cette voile majeure, des haubans du grand mât sont rompus, la misaine est déchirée à son tour ; ces avaries  obligent Baudin à prendre la fuite vent arrière sous le seul petit foc bientôt inopérant.  

Loin se s'apaiser la tempête redouble de violence dans la nuit. Le navire venu en travers au vent est désemparé, gouvernail brisé par l'assaut des déferlantes, mât de hune rompu blessant deux matelots en tombant. Baudin se revèle alors en chef exemplaire entrainant  son équipage à affronter le danger et payant de sa personne. Il tente de faire installer un gouvernal de fortune avec de forts palans de secours mais la mer en furie ne le permet pas. La vergue de  grand'voile et le mât de beaupré cassent sous les violents coups de roulis et une voie d'eau se déclare obligeant à pomper la cale constamment afin de ne pas couler bas. Le 20 octobre dans la nuit,  à la suite de la rupture de ses haubans de tribord, le mât d'artimon se rompt au niveau de la dunette et tombe dans la mer. La situation est désespérée.

Ledru rapporte que tout au long de cette tempête qui dura 60 heures, tous les officiers du bord firent preuve de courage digne des plus grands éloges mais rien n'égala le zèle que déploya Baudin. "Au milieu des plus grands dangers, son exemple animait l'équipage, son sang froid inspirait la confiance, et les ordres qu'il donnait avec la plus grande précision étaient toujours ceux que sollicitait l'urgence critique du moment. Quoique blessé grièvement à la tête, privé de nourriture et de sommeil, il était insensible à ses propres besoins et ne s'occupait que des nôtres. Son expérience et ses talents nous ont arrachés aux horreurs du naufrage."

 

 

 

Sainte Croix de Ténériffe au XVIIIe siècle. Image Internet. Cliquer dessus pour l'agrandir.

Relâche forcée aux îles Canaries

Avec les deux pompes en action pour étaler la voie d'eau, sans gouvernail et seulement deux voiles de perroquet au grand mât, il est hors de question, dans ces conditions, de poursuivre la traversée de l'Atlantique. Baudin décide alors de tenter de rejoindre les îles Canaries pour y faire réparer la semie épave qu'est devenue la Belle Angélique. Le 25 octobre, l'île de Palme apparaît à l'horizon. Le cri de "Terre en vue" déclenche une explosion  de joie à bord car une visite minutieuse de l'intérieur de la coque a révélé que le navire n'aurait pas résisté un jour de plus à la tempête. Le 6 novembre au matin Baudin jette l'ancre à Sainte Croix de Ténériffe. Il loue une maison en ville pour les naturalistes qu'il ne compte pas laisser oisifs le temps de la relâche destinée à réparer les dégâts de la tempête. Il charge Ledru  de les entrainer à prospecter les environs à la recherche de spécimens susceptibles d'intéresser le Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Le 7 novembre 1796, le Consul de France aux îles Canaries Pierre François Clerget, au vu du rapport des officiers et maîtres de la Belle Angélique sur son état de délabrement, commissionne le capitaine de port de Sainte Croix Charles Adam pour sa Majesté le Roi d'Espagne afin de visiter le navire. Ce dernier confirme son état d'innavigabilité et le déclare impropre à reprendre la mer, sa réparation étant impossible aux Canaries. De toutes façons, les frais de remise en état excèderaient sa valeur. La condamnation du bâtiment est prononcée le 1er décembre 1796.

Afin de permettre à Baudin de poursuivre sa mission et après beaucoup de difficultés pour trouver un autre navire, le consul Clerget fait acheter pour 12 000 piastres, le brick espagnol de 200 tonneaux Fanny désarmé à Sainte Croix. Contrairement à Ledru qui différencie les trois navires utilisés pendant l'expédition Baudin les rebaptise Belle Angélique mais Fanny étant quatre fois plus petit que le précédent il se trouve contraint de débarquer 57 hommes d'équipage confiés aux officiers Angoumard et Beaussard chargés de les rapatrier en France à la première occasion.

Pendant tout ce temps Baudin aide les naturalistes à terre dans leurs rercherches de plantes locales destinées à enrichir les herbiers. Oiseaux et insectes sont naturalisés. La récolte se compose de 84 espèces d'arbustes différents plantés dans 10 caisses, 115 paquets de graines, 15 caisses de plantes désséchées,120 oiseaux empaillés représentant 33 espèces, 2 boites d'insectes dont une de papillons, 68  échantillons de bois, quelques coquillages, différents madrépores, 2 caisses de laves volcaniques, une petite caisse de cristaux de souffre minéralisé et une momie en bon état d'un ancien naturel du pays offerte par Don Emmanuel Edouardo. Les plantes vivantes sont déposées chez le consul de France à Sainte Croix, Baudin devant la récupérer à son retour des Antilles.

 

Des Canaries à l'île de la Trinité

 Le 15 mars 1797, au terme d'une longue relâche de 129 jours, muni de 3 mois de vivres, Baudin appareille enfin de Sainte Croix de Ténériffe avec son nouveau navire Belle Angélique 2. Cap au sud-ouest en direction de l'île de la Trinité Espagnole (Trinidad). Cinq jours plus tard, Ledru décrit la cérémonie du passage du Tropique qu'il qualifie de mascarade grotesque. Il n'apprécie pas ce bizutage à grands seaux d'eau salée. En revanche il admire le ballet des marsouins autour du navire et les évolutions des poissons volants échappant aux dorades voraces et dont certains viennent s'échouer sur le pont surtout le matin. Il s'intéresse aux oiseaux de la zone tropicale : hirondelles de mer, frégates, fous, paille-en-queue...Les distractions sont rares à bord. Une bouteille de malvoisie est à gagner  à qui grimpera dans la mâture jusqu'aux barres de perroquet, comme des gabiers. Excercice jugé difficile en raison des oscillations de la mâture dues au roulis.

 

Le 10 avril au matin, la côte méridionale de la Trinité Espagnole vers la pointe de la Corral est en vue. Pour atteindre Port d'Espagne dans le Golfe de Paria il faut emprunter la Bouche du Dragon, détroit entre l'île de la Trinité et le continent sud américain. Dans ce passage ils assistent à un combat acharné entre une baleine et un grand squale. Parvenu sur la côte ouest de l'île, Baudin décide de jeter l'ancre à un mouillage nommé Icaque en raison de la présence d'icaquiers produisant des fruits semblables à de petites prunes. Il se rend à terre avec Ledru. Ils sont émerveillés par cette terre du nouveau monde où Christophe Colomb était débarqué trois siècles auparavant. Une foule d'oiseaux aux couleurs de l'arc en ciel voltigeaient parmi les cocotiers, cotonniers, choux palmistes...

 

Le charme s'arrête là quand ils apprennent que l'île est tombée aux mains des Anglais le 17 février 1797. Dans la nuit du 14 au 15 avril, deux bricks de guerre viennent s'emparer de la Belle Angélique2 malgré le sauf conduit exibé. Un pilote est désigné pour  conduire les Français et leur navire à Port d'Espagne où ils mouillent sous bonne garde du  vaisseau de 64 canons  le Dictateur. Baudin va exposer à plusieurs reprises le but de son voyage au général Picton gouverneur de la colonie qui ne veut rien entendre. Il n'obtient même pas l'autorisation  de récupérer sa collection d'histoire naturelle qu'il avait déposée deux ans auparavant.

 

Ne pas rentrer en France les cales vides

Contrarié mais bien résolu à ne pas rentrer en France sans de précieuses collections pour le Muséum d'histoire naturelle de Paris, Baudin décide d'aller explorer les îles Vierges appartenant alors au Danemark. A l'île Saint-Thomas, il espère pouvoir récupérer quelques reliques de son voyage en Extrême-Orient sur la Jardinière que son frère avait réussi à transférer peu de temps avant que la Trinité ne devienne anglaise. Cinglant au nord-ouest, le 28 avril, la côte sud de l'île de Sainte-Croix est en vue avec ses plantations reconnaissables de cannes à sucre. Un requin de trois mètres est pêché par les matelots. Il intéresse vivement les naturalistes qui ne manquent pas de l'étudier en détail. Bientôt la côte nord de l'île apparait plus riante et plus boisée.

Le 29 avril 1797 à 3 heures, Belle Angélique 2 jette l'ancre dans la rade de Saint-Thomas. 90 navires s'y trouvent au mouillage, danois pour la plupart mais aussi hambourgeois, américains, français, anglais...Plusieurs compatriotes établis dans la colonie viennent à bord prendre des nouvelles d'Europe. Baudin descendu à terre obtient du gouverneur l'autorisation de débarquer pour se procurer des vivres et explorer l'île avec ses naturalistes afin d'y recueillir des plantes, des insectes et des minéraux. Le commissaire français Michel met une maison à leur disposition dans la partie est de la ville, en bordure de la baie, pour entreposer leur collecte. Ils vont y rester 52 jours.

 

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 Séjour aux Antilles danoises

 Les Danois qui occupaient l'île Saint-Thomas depuis 1671 y développèrent la culture de produits exotiques que la rade principale capable d'abriter jusquà 150 voiliers en même temps, permettait d'exporter en Europe. A la fin du XVIIe siècle, les flibustiers venaient y déposer le fruit de leurs exactions en mer.  Déclaré port neutre Saint-Thomas est devenu un entrepôt essentiel en temps de guerre, "le plus riche des denrées d'Amérique" selon André Pierre Ledru. Bâtie au pied des montagnes le long de la mer, la ville capitale de l'île du même nom, ne comprend qu'une grande rue parallèle au cordon littoral, bordée de maisons irrégulières et sans élégance. La population est alors composée de 726 Européens mercantils, sans culture et sans moralité, assoiffés d'argent, de 239 Noirs libres et 4 769 esclaves. L'île Saint-Thomas comptait 74 plantations dont 40 de cannes à sucre et 34 de coton.

Une escale à l'île voisine de Sainte-Croix pour complèter les collections d'histoire naturelle fait apparaître que Belle Angélique2, ex-brick de 200 tonneaux la Fanny est trop petit pour ramener toutes les récoltes en France. De plus le mauvais état de son gréement le rendait dangereux pour une traversée de l'Atlantique Nord. Il faut le désarmer et trouver un navire plus grand. Le commissaire Michel propose alors à Baudin, le Triomphe, 3-mats de 400 tonneaux récemment doublé de cuivre, enlevé aux Anglais par une frégate française. Nicolas Baudin le rebaptise Belle Angélique3, y embarque les collections récoltées à Ténériffe, à Saint-Thomas et à Sainte-Croix : herbiers, graines, échantillons de bois, oiseaux empaillés, insectes, madrépores, minéraux et 37 caisses de plantes vivantes. 

Les arrièrés de solde dûs à l'équipage sont enfin versés. Ils avaient causé bien du souci à Baudin, ses hommes ayant menacé à plusieurs reprises  de se mutiner. Le 16 juillet 1797, il appareille pour l'île espagnole de Porto-Rico afin d'enrichir encore les collections et y passer l'hiver..

 

 

Mer des Antilles au XVIIIe siècle. Source Gallica. L'île de la Trinité se trouve en bas à droite de la carte près du Venezuela. En haut de l'arc caraïbe se trouvent les îles Saint-Thomas, Sainte Croix et Porto-Rico où Baudin fera escale pour enrichir les collections. Cliquer sur la carte pour l'agrandir.

Fort Saint-Jean de Porto-Rico. Image Internet - cliquer dessus pour l'agrandir.

Le séjour à Porto-Rico

Le 18 juillet 1797, Baudin mouille sur la rade de Saint-Jean capitale de Porto-Rico. Au départ de Saint-Thomas il avait été pris en chasse pendant deux heures par des corsaires de Tortole, petite île anglaise située dans l'est. Plus rapide Belle Angélique3 (ex-Triomphe) était parvenue à leur échapper. L'accueil par le gouverneur Ramond de Castro et par l'agent commercial de France, Monsieur Paris est bon. Baudin est autorisé à débarquer dans l'île et à s'y livrer avec ses naturalistes aux buts de l'expédition. Les besoins en argent et en vivres sont promis. Le directeur de l'Hôtel des Postes, signor Urdal-Priel, met son jardin et trois appartements à la  disposition des Français pour leurs collections d'histoire naturelle. Mais l'implantation de cette résidence sur une langue de terre se prêtant mal au travail de collecte, Baudin obtient de M. O-dali, négociant Irlandais, l'autorisation de s'installer dans sa propriété située à trois lieues de Saint-Jean.

Rejoignant cette nouvelle base le 28 juillet, Ledru décrit la remontée de la rivière Porto-Nuevo. Fougères, lianes, mangliers abondent. sur ses bords. Des huitres prospèrent sur les racines des palutéviers plongeant dans la rivière, ce qui lui fait écrire qu'en Amérique on cueille les huitres sur les arbres. L'habitation nommée Saint-Patrice mise à la disposition des Français est une maison en bois couverte de feuilles de cannes et un vaste hangar abritant un moulin à sucre manoeuvré par des bovins. Après avoir donné leur sève par écrasement, les tiges de cannes deviennent des bagasses stockées sous un autre hangar. Elles sont destinées à alimenter le feu des chaudières de raffinage. Un quatrième batiment, en maçonnerie cette fois, abrite la sucrerie, les alambics et le magasin.

Les naturalistes vont rester deux mois à Saint-Patrice. Baudin et Maugè parcourent la campagne pour chasser oiseaux, papillons et insectes ; Riedlé récupére racines d'arbres et d'arbustes vivants dont palmiers et cocotiers pour les serres nationales de Paris ; Ledru s'occupe particulièrement des herbiers et rédige un traité de l'histoire naturelle de Porto-Rico intégrée dans son récit du voyage ; Gonzales esquisse, sur celui de Baudin, oiseaux et plantes rares aux couleurs chatoyantes.

 

 

Le retour en France

Afin d'arrimer les 207 caisses de plantes vivantes à bord dans l'entrepont, il faut faire dormir l'équipage dans la cale avec les 100 barriques d'eau potable nécessaires pour le retour ainsi que le matériel d'entretien du navire. Des toitures recouvertes d'une grosse toile goudronnée sont disposées au dessus des écoutilles non hermétiquement fermées  afin d'aérer les plantes. Ces couvertures mobiles  pouvaient être démontées dans les beaux temps afin de mieux renouveler l'air dans l'entrepont et de vivifier les collections en leur faisant bénéficier des rayons bienfaisants du soleil.

Le 13 avril 1798 à midi, Belle-Angélique3 appareille de Porto-Rico. Jusqu'au 14 mai les vents sont favorables. Baudin, Riedlé et Ledru visitent les plantations chaque jour, leur apportant l'eau douce nécessaire à leur croissance et leur préservation. Le 15 mai, à la latitude des Açores, le vent devient violent et très froid. Dans la nuit du 20 au 21 mai surgit la tempête. Il faudrait condamner les écoutilles mais des cocotiers dépassant l'ouverture au niveau du pont principal ne le permettent pas. Une bonne centaine d'arbrisseaux sont avariés par les paquets de mer s'infiltrant dans l'entrepont malgré le renforcement de la toile goudronnée des toitures. L'après-midi du 22 mai, un fort coup de roulis casse le saisissage de plusieurs caisses qui se mettent à "voyager" d'un bord à l'autre du navire suivant ses oscillations, au risque d'endommager les plus belles pièces de la collection : cocotiers, caféiers, chou-palmistes...

Le 24 mai la tempête est calmée mais une forte houle résiduelle provoque la rupture de la vergue du grand hunier. On profite de l'accalmie pour soigner les plantes et réparer les dégats dans l'entrepont. Le lendemain un corsaire français de Bordeaux armé de 32 canons est rencontré avec plaisir et le 2 juin au matin, les côtes anglaises sont en vue. Le 4 juin, le commodore anglais Stracham chargé d'assurer le blocus du Havre à la tête d'une escadre composée du vaisseau de 50 canons le Diamant, de 5 frégates, d'une bombarde et d'un cutter,  avertit Baudin qu'il ne peut s'y rendre malgré son sauf-conduit. Grave déconvenue car les collections d'histoire naturelle doivent rejoindre les serres du Jardin des Plantes à Paris  le plus rapidement possible en remontant la Seine. Aucun argument ne fait flèchir le commodore qui finit par se montrer menaçant.

Le 7 juin 1798 Nicolas Baudin arrive à Fécamp. Son voyage aux Antilles a duré  20 mois et 10 jours.

 

L'avant port de Fécamp à marée basse tel que Baudin l'a trouvé. Dessin de Michallon 1817. Gallica. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Relâche à Fécamp

En dépit de grandes difficultés pour accoster, le 13 juin 1798, les 3 500 plantes vivantes sont toutes déchargées. Elles ont été transportées en charrettes  dans le jardin du citoyen Massif ancien maire de Fécamp. Leur valeur est estimée à plus d'un million de livres. Les autres pièces et objets des collections sont entreposés dans un magasin du citoyen Masse capitaine du port qui offre l'hospitalité à Baudin et aux naturalistes de l'expédition. Conformément au contrat d'engagement, l'équipage quitte le bord. Des hommes de corvée sont recrutés pour le gardiennage du navire.

Par courrier reçu de Paris, le citoyen Thouin jardinier en chef du Muséum National de Paris, invite Baudin à lui expédier les 4 caisses de semences qu'il a rapporté des Antilles afin de profiter du reste de la saison pour les semer. Le commissaire de la Marine à Fécamp est sollicité à cet effet. Nicolas Baudin envisage le transport de ses collections par voie terrestre de Fécamp à Caudebec-en-Caux puis de là par la Seine jusqu'à Paris. Il propose cette solution au Ministre de la Marine et au directeur du Muséum, le citoyen Jussieu.

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