Alexandre Guy PINGRÉ (1711-1796)

 Astronome navigant. Ses liens avec Le Havre

Dans son étude sur l’astronome Alexandre Pingré en Normandie parue en 1966 dans le Recueil des Amis du Vieux Havre n° 23, l’Abbé Anthiaume nous explique qu’Alexandre-Guy Pingré né à Paris en septembre 1711 est envoyé à Senlis chez les Génovéfains à l’âge de 16 ans. Cette congrégation religieuse dépend de l’Abbaye de Sainte-Geneviève située à Paris sur la montagne du même nom. Entré dans la Compagnie des Chanoines réguliers de la Congrégation de France, il reçoit la prêtrise à 24 ans et est nommé professeur de théologie dans diverses abbayes.

Mêlé aux controverses du temps, le chanoine Pingré devient Janséniste. Pour ce motif il est envoyé au collège de Senlis comme professeur d’humanités puis transféré à Chartres avant de rejoindre le diocèse de Rouen où il réside d’abord à « l’abbaye » de Graville. Anthiaume précise : « Ses biographes n’ont pas mentionné le séjour de Pingré à Graville. Sa présence dans ce monastère a cependant été attestée par son frère en religion le Père Ventenat, et par Jean Baptiste Eyriès, géographe, écrivain, transcripteur (qu'il ne faut pas confondre avec Huges Eyriès armateur au Havre, associé avec Lecouvreur pour la traite des Noirs). Selon l’abbé Cochet, ils l’avaient connu à Graville. Nous ignorons à quelle époque Pingré quitta le prieuré de Graville pour celui du Mont-aux-Malades près de Rouen. » Le débat au sujet de Graville, Abbaye ou Prieuré, n’est pas nouveau.

On apprend par l’extrait ci-dessous d’un mémoire de l’Académie Royale qu’en mars 1764 Alexandre Pingré ne résidait pas au Prieuré de Graville comme il le nomme puisqu’il doit s’y transporter pour y observer l’éclipse de Lune le 17 mars. Le 1er avril suivant il y observe une éclipse du soleil. Ces observations se sont très probablement effectuées depuis la grande terrasse sud-ouest du Prieuré offrant une vue dégagée sur le ciel, le port et la ville du Havre avec l’estuaire de la Seine à l’arrière-plan. 

 

Comment Alexandre Pingré est-il devenu astronome ?

La réponse nous est donnée par le chanoine Favé dans un article publié au Bulletin Religieux de l’Archidiocèse de Rouen en 1905 sous le titre « Le Génovéfain Pingré à l’Académie de Rouen ». Selon le règlement de cette institution les astronomes devaient être au nombre de deux. Or personne ne postulait pour cette discipline. Comptant sur sa puissance de travail doublée d’une prodigieuse mémoire et désireux de se rendre utile à l’Académie, Pingré accepte le poste. C’est en 1749, il a 38 ans. Les résultats ne se font pas attendre. Le 23 décembre de cette même année, lors de l’observation d’une éclipse de lune, il trouve une différence avec l’abbé de La Caille que d’Après de Mannevillette avait emmené au Cap de Bonne Espérance en 1751 pour y observer le ciel austral.

La Caille reconnut son erreur et n’en voulut pas à l’académicien rouennais. En 1753, son observation du passage de Mercure devant le Soleil vaut à Pingré le titre de membre correspondant de l’Académie de Paris. À la suite de cette distinction il reçoit la charge de bibliothécaire de l’Abbaye de Sainte-Geneviève. Sur le toit de celle-ci un petit observatoire astronomique muni d’un télescope est spécialement aménagé à son intention. 

 

La grande question à l’époque est le calcul de la longitude en mer, hors de vue de terres identifiables avec les cartes marines et les Instructions Nautiques, quand les seuls repères sont les astres et l’horizon de la mer. Avant l’avènement de la navigation par satellites qui permet d’obtenir la position du navire en affichant directement ses coordonnées géographiques sur un écran, le marin devait les calculer par des observations astronomiques longues et compliquées. Celles-ci sont devenues de plus en plus fiables à mesure que les tables astronomiques et les instruments d’observation se sont améliorés. Le calcul de la latitude a été pendant longtemps la seule donnée exploitable. Avec, par exemple, la hauteur de l’étoile polaire au-dessus de l’horizon ou le passage du soleil au méridien du lieu à midi, elle s’obtenait relativement facilement. On parlait alors d’une navigation en latitude. Pour atteindre le port de destination les marins se positionnaient sur sa latitude puis, selon le cas, gouvernaient cap à l’est ou cap à l’ouest en évaluant la distance parcourue chaque jour en fonction de plusieurs paramètres : tirants d’eau du navire, force et direction du vent, état de la mer, propreté de la coque…

Pour le calcul de la longitude en mer au temps de Pingré, il y avait deux méthodes qui ont un temps cohabité : l’observation astronomique notamment par les distances lunaires nécessitant des tables préétablies et un instrument suffisamment précis et la méthode par les montres. Les distances lunaires sont des mesures d’angle entre la lune et le soleil ou des étoiles dont les coordonnées sont fournies par des tables astronomiques. Ce à quoi va travailler Pingré qui publiera un Etat du Ciel à l’usage de la Marine en 1756. Comme expliqué dans ma communication au Colloque d’Après de Mannevillette en 2007, m’appuyant sur un mémoire de La Coudraye conservé aux Archives Nationales attribuant à d’Après de Mannevillette la première application à la mer de cette méthode avec l’octant anglais d’Hadley, il faut chercher dans les tables, de préférence une distance de la lune au soleil dont l’observation est possible ce jour-là.

Avec ces hauteurs, on calcule l’heure du navire au méridien du lieu. La mesure angulaire entre les deux astres observés et les tables des distances lunaires fournissent l’heure du méridien d’origine : Paris, Greenwich ou Hierro aux îles Canaries selon les cartes marines utilisées. La différence entre ces deux heures est la longitude du navire. Pingré le théoricien avait échangé la méthode de construction de ses tables avec le Havrais d’Après de Mannevillette le praticien comme en témoigne une partie d’un recueil de lettres de savants reçues par ce dernier et conservé aux Archines Nationales sous la cote Marine 3 JJ 341. Les travaux de Pingré furent unanimement reconnus entre autres par l’abbé Dicquemare célèbre naturaliste havrais qui lui dédie son ouvrage paru en 1769 « Idée générale de l’astronomie à la portée de tout le monde »

 Pingré, astronome navigant.

Pour certaines observations, Pingré a besoin de prendre la mer d’où la justification de sa facette d’astronome navigant. Ses principaux embarquements (avec leurs sources) sont les suivants :

1761 : Comte d’Argenson, cap. Marion-Dufresne – Voyage à l’île Rodrigue dans l’Océan Indien. AN. Marine 4 JJ 80 Journal de bord du Comte d’Argenson par Marion Dufresne.

1767 : Frégate l’Aurore en Mer du Nord – Mission Courtanvaux. Relation du voyage mis en forme par Pingré dans Histoire de l’Académie Royale des Sciences 1768 sur Gallica.

1768 – 1769 : Frégate Isis – Mission Fleurieu à Saint-Domingue – Relation dans Histoire de l’Académie des Sciences 1770 p. 487-514.

1771 – 1772 : Frégate la Flore – Mission Verdun de la Crenne en Afrique, aux Antilles et à Terre-Neuve. Histoire de l’Académie des Sciences 1773 : p. 64 à 69 : Résultats du voyage. p. 258 à 322 : opérations de navigation astronomiques effectuées à bord - instruments utilisés.

 La mission Courtanvaux. Pingré et les montres marines

Plus séduisante parce que plus simple et plus rapide le calcul de la longitude en mer par les montres marines est alors en concurrence avec les distances lunaires et finira par l’emporter. Le problème était de pouvoir disposer d’une montre suffisamment précise, non altérée par les mouvements du navire dans les houles de fond et les gros temps avec des variations fréquentes des températures.

 

Garde temps Chronomètre de Marine de Leroy avec sa suspension à la cardan pour amortir les mouvements du navire et rester le plus possible horizontal. Image Internet.

Le principe de base schématisé consiste à partir en mer avec un chronomètre réglé sur le méridien d’origine et de ne plus y toucher, c’est le garde-temps. Pendant le voyage, l’heure du navire en quelque lieu qu’il se trouve est donnée par l’observation astronomique, entre autres par la méridienne ou point de midi avec la plus grande hauteur du soleil au-dessus de l’horizon de la journée mesurée avec l’octant puis le sextant. La différence entre les deux heures est la longitude du navire. Par exemples si le garde-temps indique 15 heures à midi heure du navire celui-ci se trouve par 45° Ouest. Et si le garde-temps indique 10 heures du matin le navire se trouve par 30° Est. Ceci en application de la règle des fuseaux horaires de 15° soit 1/24ème de 360° circonférence de la Terre.

Garde temps. Chronomètre Marine de Berthoud équipé lui aussi du système à la cardan. Photo Internet.

Dans une biographie de Pingré rédigée par l’ingénieur Gaspard Prony publiée en 1796 par l’Institut des Sciences mathématiques et physiques ce dernier nous explique l’implication de Pingré dans les essais des montres marines notamment les chronomètres de Berthoud et de Leroy. Il confirme les trois grands voyages en mer effectués par Pingré dans ce but dont celui à bord de la frégate l’Aurore partie du Havre le 25 mai 1767 pour la Mer du Nord avec les chronomètres de Leroy.

 

Selon Prony sur ces trois voyages de Pingré ayant pour principal objectif l’essai des montres marines de Berthoud et Leroy le premier fut fait en 1767 sur la frégate l’Aurore commandée par le marquis de Courtanvaux qui, en mécène généreux, l’avait faite construire au Havre et armer à ses frais. Pingré a mis en ordre la relation de ce voyage écrite de concert par Courtanvaux, Messier et lui-même. Courtanvaux avait sollicité l’astronome Messier attaché à plusieurs Dépôts européens des Cartes et Plans de la Marine pour l’assister dans ses observations mais celui-ci étant incommodé par le mal de mer, l’Académie avait désigné Pingré que son voyage à Rodrigue avait amariné. Ce Journal est consultable sur Gallica. Par ailleurs, Pingré a rédigé une version personnelle dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il est numérisé et consultable sur Internet Archives.

 

Lancement de la frégate l’Aurore au Havre en 1767 d’après Ozanne. Image Internet

Outre les opérations techniques détaillées, répétitives et fastidieuses concernant l'observation des montres de Leroy et leur marche irrégulière cette relation est aussi rédigée comme des Instructions nautiques utiles aux navigateurs. Elles décrivent l’état des ports d’escale fréquentés pendant le voyage. Ainsi la description du Havre-de-Grâce en 1767 est une source intéressante pour les érudits locaux. En voici quelques exemples : 

- « L’Hôtel de la Douane à l’entrée du bassin du Roi avait été baptisé la Romaine parce qu’à l’entrée il y a une grande balance romaine destinée à peser les marchandises - La voie partant de la porte d’Ingouville se dirigeant vers le hameau du même nom est bordée sur la droite de très petites maisons avec jardins, autant de maisons de campagne pour les bourgeois du Havre qui les appellent leurs pavillons - Le quartier Notre Dame communique avec celui de Saint-François par le pont tournant et par une rue ou chemin qui passe entre les murs de la ville et le bassin (actuel quai Guillaume Le Testu) -  Il y a deux chantiers pour la construction des vaisseaux (navires) : le premier est royal, il est à la tête du bassin (du Roi, au nord). On n’y construit guère que des frégates, le port n’étant pas assez profond pour y construire de plus gros vaisseaux. On y a cependant construit des vaisseaux de ligne (de guerre) au Havre mais il est rare qu’ils reviennent dans le port quand ils en sont sortis. On les envoie dans quelque autre port comme Toulon, Brest ou Rochefort (ports de guerre où ils sont immatriculés). L’autre chantier est au-dehors de la porte du Perrai (Perrey) sur la main droite, on y construit beaucoup de vaisseaux marchands ».  

Parti de Paris le 12 mai 1767 Pingré arrive au Havre le 14 mai après une halte à Rouen. Il visite l’Aurore et la trouve élégante avec ses dorures et ses sculptures, la délicatesse des peintures et l’élégance des meubles. Il descend à l’auberge nommée Hôtel des Américains. Ce jour-là a lieu la première sortie sur rade de l’Aurore pour essais. Monsieur de Beauvoir lieutenant du Roi, le capitaine de port Couradin et une multitude de havrais assistent au départ. La frégate porte bien la voile, est sensible au gouvernail, vire facilement de bord, bref se comporte admirablement bien à la mer.

L’Aurore arbore le pavillon blanc de la royauté à la poupe. Son tableau arrière est finement décoré. Les sabords (fenêtres) de la grande chambre où se trouvaient les montres sont munis de leurs tapes de mer percées de hublots, nécessaires dans les gros temps pour se protéger des paquets de mer venant de l’arrière.
Maquette de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Photo Claude Briot 2012

Le Jeudi 21 mai à 2 h. de l’après-midi a lieu la deuxième sortie du Havre par temps couvert et mer « patouilleuse ».  Un fort vent du secteur nord empêche la frégate de doubler le Cap d’Antifer et l’oblige à faire demi-tour pour revenir au Havre. Des observations astronomiques avec l’octant ont permis de constater que la montre de Leroy avance d’un peu plus de 27 secondes par jour. Les coordonnées géographiques du Havre sont relevées. Les opérations se pratiquent en équipe : Messier observe et Pingré compte à la pendule et effectue tous les calculs. Passons les détails techniques au risque d’être ennuyeux.

Le 25 mai, les vents devenus favorable l’appareillage pour Calais est décidé à 7 heures 45. En six bordées, le Cap d’Antifer ou Chef de Caux est doublé toutes voiles dehors par vent moyen de nord-nord-ouest, mer belle. Arrivée à Calais le 26 mai. L’Aurore est accueillie par le capitaine de port Audibert. Comme à chaque escale un observatoire est installé à terre. L’Hôtel d’Angleterre reçoit l’équipe de Courtanvaux et ses instruments. Selon les calculs astronomiques, la montre de Leroy avait la même avance qu’au départ du Havre malgré les forts roulis subis pendant la traversée. Suite à la tempête du 2 janvier précédent, la digue de Calais se trouve en réparations. Dans la Citadelle l’alambic de Poissonnier ou cucurbite destiné à distiller l’eau de mer attire l’attention de nos navigateurs. Ils en font une description détaillée avec schéma dans leur journal. Il n’y a point de fontaines à Calais. On y boit que l’eau des citernes de récupération des eaux pluviales d’où l’intérêt de la population pour le distillateur d’eau de mer de la Citadelle.

Le port orienté est-ouest comprend un bassin nommé le Paradis capable de recevoir une trentaine de navires de 500 tonneaux. Il est à sec à la basse mer. Le 6 juin au matin l’Aurore quitte le Paradis de Calais pour Amsterdam avec courte relâche prévue en rade Dunkerque mais qui dura 14 jours en raison d’une forte tempête au cours de laquelle la montre de Leroy fut chahutée. À Dunkerque le journal signale que toutes les caves des maisons sont habitées. Elles reçoivent le jour par une porte à deux battants qu’il faut laisser ouverte dans la journée tant qu’il y a du monde dans ces appartements souterrains. Départ de Dunkerque le 19 juin à 3 h. ½ du matin pour Amsterdam après avoir réembarqué les instruments astronomiques et les montres car comme à chaque escale les observations se pratiquaient sur le terre ferme. À 4 h. embarqué le pilote d’Amsterdam. Mais le gros temps obligea l’Aurore à entrer dans la Meuse et à relâcher à Rotterdam. La montre avance de 30 secondes 1/3 par jour soit 3 secondes 1/3 de plus qu’au départ du Havre.

À Rotterdam, proposition est faite à Courtenvaux de rallier Amsterdam par les canaux. Il est alors décidé que l’Aurore rejoindra par le Texel. La montre de Leroy est confiée à Pingré de même que la rédaction du journal de bord, seul cette fois. La frégate appareille de Rotterdam le 29 juin 1767 à 6 heures du matin. La sortie de la Meuse s’avère mouvementée en raison du gros temps. On peut s’interroger sur la décision de Courtenvaux qui fait passer sa satisfaction personnelle avant ses devoirs de responsable de l’expédition. La montre de Leroy avance de 32 secondes 5/6 par jour. Le journal comporte une longue description des paysages, parcs, châteaux, édifices religieux, moulins, cabinets de curiosités présentant moult objets apportés par les navires de la Cie Hollandaise des Indes Orientales dont de magnifiques porcelaines de Chine, descriptions d’animaux exotiques des anciennes colonies : bref véritable guide touristique et historique des Pays-Bas sur plusieurs pages. Sont évoqués également les chars à voiles, les moulins à eau pour assécher le lac de Harlem en transférant ses eaux en partie dans le Rhin, le commerce des fleurs à Harlem (oignons de tulipes). La construction opiniâtre des digues pour contenir la submersion de la mer…

2 juillet 1767 : arrivée de l’Aurore à Amsterdam après une traversée mouvementée depuis Rotterdam dont une sortie difficile de la Meuse plusieurs fois différée - 4 août : départ du Texel pour Boulogne, la seconde montre de Leroy avance de près de 2 minutes sur la première - 27 août :  départ de Boulogne - 28 août, retour au Havre.  La seconde montre de Leroy avance de 3 minutes 35 secondes sur la première. Le mouvement de la seconde montre a été plus uniforme. Leroy avait tardé à la confier la pensant moins fiable que la première qui avait été longuement observée par des commissaires de l’Académie lesquels n’avaient trouvé aucun dérangement. Mais cette seconde montre confiée seulement le 5 juillet par Leroy n’avait pu être observée suffisamment longtemps ce qui fait que les conclusions du rapport de Pingré sont réservées : Je crois donc pouvoir conclure de nos expériences, que la montre, sur la route du Havre à Amsterdam, a subi des accélérations un peu trop considérables ; que durant le retour elle s’est soutenue beaucoup mieux ; que depuis que la seconde montre nous a été remise, nous l’avons éprouvée sensiblement isochrone (qui s’effectue dans des temps d’intervalles égaux) dans ses mouvements ; mais que le temps de cette épreuve n’a peut-être pas été assez long pour nous autoriser à prononcer définitivement sur la précision de cette montre.  

Pingré franc-maçon

Autre argument plaidant en faveur du séjour de Pingré à Graville : son appartenance à la Loge havraise la Fidélité. Dans leur ouvrage La Franc-Maçonnerie au Havre, Michel Lècureur et Olivier Pringard évoquent Pingré. Dans un témoignage de ce dernier conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, l’astronome raconte son arrivée au Havre au début mai 1767 en compagnie du marquis de Courtanvaux. Accueillis avec enthousiasme, ils descendent à l’Hôtel des Américains tenu par un certain Héliot. Le jeudi 21 mai note Pingré « nous déjeunions à la Manufacture (des Tabacs). Le samedi 23 « je reviens de Graville… le soir, je travaille en Loge avec de très aimables Frères. Je voulais proposer plusieurs profanes ». Michel Lécureur explique que « la rigueur invoquée par Pingré conduit à la conclusion qu’il était le tenant d’une conception traditionnaliste de la Franc-Maçonnerie réservée selon lui, à une élite morale, intellectuelle et sociale ». Plus loin il ajoute : « Guy-Alexandre Pingré s’est occupé des Loges normandes et, tout particulièrement, de celles du Havre ». Sur une liste des 65 membres de la Loge havraise La Fidélité en 1777, Pingré est mentionné résidant à l’Abbaye de Ste Geneviève, soit après son voyage en Afrique, aux Antilles et à Terre-Neuve à bord de la frégate la Flore commandée par Verdun de la Crenne.

 

Ladite plaque posée sur le mur en bas de l’escalier ouest intérieur du Prieuré menant au premier étage où se trouvent des espaces aménagés pour des expositions atteste du séjour de Pingré au Prieuré de Graville. Photo Claude Briot 4 août 2012.

 

Sur les traces de Pingré et des Génovéfains au Prieuré de Graville

 Outre la plaque publiée ci-contre, des témoignages du séjour de religieux génovéfains à Graville dont Pingré et la présence d’un Prieuré avec ses bâtiments conventuels subsistent encore de nos jours.

Par ailleurs il existe une rue Pingré au Havre dans le quartier de l'Observatoire. Elle est située au sud de la rue Aristide Briand, dans le prolongement de la rue Charlemagne se trouvant au nord. Mais il faut une loupe pour la trouver sur le plan de l'agglomération !

 

Plaque posée sur le mur ouest d’enceinte du Prieuré de Graville photographiée par l’auteur le même jour.

 

La Sente des Génovéfains relie, en diagonale, la rue de Verdun et la rue Pablo Neruda en coupant le haut de la rue Elisée Reclus. Au bas de cette sente aboutissant dans la verdure est planté un grand placard publicitaire évoquant la route des abbayes normandes. Le Prieuré de Graville est mentionné en gros caractères.

Prieuré de Graville et son église prieurale. Photo Claude Briot 4 août 2012.
« Les prieurés sont des petites communautés monastiques dépendant la plupart du temps, mais pas systématiquement, d’une abbaye. Ces communautés sont établies dans des couvents ou dans de simples maisons pour les moins importantes d’entre elles. L’église prieurale, qui dépend donc d’un prieuré, possède une position centrale dans ces établissements voués à la prière et au travail. Ces églises sont généralement construites et entretenues par les abbayes mères dont dépendent les prieurés ». Benjamin Fayet. Aletia. 14 février 2019.

Bibliographie de Claude et Jacqueline Briot

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